Eurobasket : analyse d’un échec

Défaite en 8èmes de finale par une équipe d’Allemagne valeureuse mais à sa portée, l’Équipe de France est sortie du championnat d’Europe par la toute petite porte. Absence de cadre, défense laissée en vacances, coach en fin de cycle ; décryptage d’une déception inattendue.

Sans les NBAers, c’est plus compliqué

Privés de Tony Parker, Flo Pietrus et Mike Gelabale, jeunes retraités internationaux, Vincent Collet a dû composer sans ses leaders historiques. L’absence de Gelabale, que l’on embrasse, n’a pas grandement pesée sur le parcours des Bleus. Celle de Tony P est un cas particulier. Si le patron des Bleus aurait pu apporter un leadership inexistant au sein du groupe tricolore actuel, il est indéniable qu’il aimantait beaucoup de ballons et que l’accumulation des années lui a fait perdre du tranchant dans ses attaques. Parker est moins bon qu’il y a quelques années et cela se ressentait depuis quelques temps sous le maillot national. Pas sûr que son absence soit préjudiciable au point de la qualifier de principale raison de l’échec. Celle de Flo Pietrus, par contre, a fait mal à Collet et son staff. Le robuste Flo, à la voix aussi virile que Mika au milieu d’un champ de tulipes, apportait une rigueur défensive qu’aucun des intérieurs français n’a pu mettre en place lors de cet Euro.

Aussi, Collet a dû faire sans Nicolas Batum, Timothé Luwawu-Cabarrot et surtout Rudy Gobert. L’ailier hornet a manqué à un poste 3 où seul Axel Toupane avait vraiment les caractéristiques correspondantes au poste. Evan Fournier a dû dépanner mais il manquait clairement de la taille sur l’aile et défensivement, l’arrière du Magic n’a pas pu faire de miracle. Luwawu, jeune joueur NBA, aurait également pu dépanner sur l’aile et son profil de solide défenseur a manqué à Collet. Mais c’est surtout Rudy Gobert, l’un des meilleurs pivots de la NBA actuelle, toujours présent quand on a besoin de protéger un cercle, qui a manqué aux Bleus. Si Kévin Séraphin et Joffrey sont forts sympathiques, ce n’est pas leur manquer de respect de dire qu’ils sont plus efficaces pour faire des vidéos Snapchat ou changer de club NBA chaque trimestre que lorsqu’il s’agit de défendre sur le pivot adverse. Les grands segments du pivot du Jazz auraient fait un bien fou aux Bleus, dont les capacités défensives sont plus proches du niveau Pro B que d’une finale NBA.

Collet, fin de cycle ?

Présent à la tête de l’Équipe de France depuis 2009, Vincent Collet est celui qui a porté Tony Parker et ses copains au sommet de l’Europe en 2013. Il possède tous les métaux en championnat européen avec l’équipe nationale et a même obtenu une médaille de bronze au championnat du monde en 2014. Mais 8 ans après son arrivée, son message passe t’il encore ? Il y a des doutes. Il a été excellent lorsqu’il s’agissait de coacher Parker et compagnie pendant de longues années mais la défaite à l’Euro en France il y a deux ans, en demies face à l’Espagne semble apparaitre comme un basculement dans la relation coach/joueurs. Depuis cette défaite cruelle, les Bleus restent sur un lamentable parcours olympique, (encore) conclu par une fessée espagnole (92-67) et une campagne européenne décevante.

 

Parker, Pietrus et Gelabale partis, la nouvelle génération, emmenée par Evan Fournier, Thomas Heurtel et Rudy Gobert semble moins académique dans le jeu et nécessite plus de liberté. Fournier en est l’exemple le plus significatif. Sa fin de match face aux allemands ressemble plus à une fin de match NBA qu’à un match d’Euroligue. En effet, le beau barbu a pris les choses en main sans chercher ses coéquipiers et sa capacité à se créer un shoot tout seul met en perspective le fait qu’il y a une évolution dans les qualités des joueurs présents en Équipe de France. Collet est-il l’homme de la situation pour coacher des joueurs aux qualités moins « européennes » qu’un Nico Batum par exemple ? La question doit être posée. Le message ne semble plus passer au sein de son groupe et les deux échecs successifs en deux ans ont de quoi fragiliser Collet. Cependant, la confiance de la fédération vient de lui être renouvelée et le beau Vicenzo sera encore présent sur le banc lors des prochaines échéances. Il n’aura alors pas le droit à l’erreur ou un nouveau visage pourrait venir prendre les commandes d’un groupe France, dont les qualités et la densité sont censées l’amener tout proche des podiums internationaux.

En concubinage sportif avec Dwyane Wade. Fervent défenseur du beau jeu et de la dernière passe, celle qui "fait la diff'".

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