À jamais dépossédés

La France a été battue en finale de la Coupe Davis par la Croatie (3-1). Le tout à domicile, au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq, ou Lille si vous préférez. Une défaite tout ce qu’il y a de plus logique à la vue du week-end. Non seulement c’est une finale perdue alors que la bande à Noah était tenante du titre, mais c’est également la Coupe Davis, dans son format légendaire, qui s’en est allée.

D’un lob monstrueux, victorieux de Marin Cilic, la Coupe Davis venait de rendre son dernier souffle. Un geste du Croate, comme le symbole de la supériorité de la Croatie tout au long du week-end dans le Nord. Car jamais les Français n’ont semblé capables de venir à bout de cette équipe qui a soulevé, ce dimanche, son deuxième Saladier d’argent. C’est quand même un peu con, surtout quand on sait que cette équipe voulait « garder la coupe à la maison ». Les uns verront la supériorité croate sur l’ensemble de la rencontre, même si le double du samedi avait redonné de l’espoir au clan tricolore. Les autres, diront que ce n’est pas grave, que les Croates, les Bleus les ont battus dans le « sport majeur ».

Cependant, comment ne pas voir dans cette défaite le symbole d’un tennis français qui n’est pas en forme. En ce sens, Yannick Noah est un sorcier. Il a réussi à nous faire croire (pas tous, ceux qui n’aiment pas cette France qui gagne ont jubilé) que le doublé était possible, et que la France ajouterait une onzième Coupe Davis à son palmarès. Mais la vérité était sur le court, et non pas dans les paroles. Car dès vendredi, la partie était mal embarquée. Lâché dans l’arène, Jérémy Chardy n’a rien pu contre Coric. Et Tsonga, aussi présent cette saison que Patrick Sébastien sur France Télévisions ces derniers temps, a lui aussi subi contre Cilic.

Aucun break en simple pour les Bleus

Alors Mahut/Herbert ont assumé leur rang, en apportant à la France l’unique point de cette confrontation. Mais Pouille, en délicatesse cette saison, n’a pas réussi à faire déjouer le meilleur joueur croate. Et au final, il reste un goût amer dans la bouche. Ce trophée gagné l’an dernier, dans ce même stade, les Bleus n’ont pas réussi à le garder. Et la Coupe Davis, elle, est terminée. Désormais, ne reste plus que l’histoire de cette compétition. Finies, sans doute, les larmes lors des hymnes. Terminées, les rencontres épiques en cinq sets, tout au long d’un week-end entre deux nations.

La Coupe Davis, c’était une âme. Elle est partie lors de la défaite française.

La France laisse donc la Croatie comme la nation remportant la toute dernière Coupe Davis. Sans jamais avoir réussi un break au cours des matches simples. Sans jamais avoir remporté une manche pendant ces rencontres en un contre un. Et le pire, c’est qu’elle n’a sans doute pas laissé le moindre regret à Bernard Giudicelli. Le président de la FFT, qui a voté pour le changement de format, alors qu’une majorité de personnalités de ce sport étaient contre. Seul contre tous. Et ce dimanche, alors que « son » équipe lâchait son trophée à domicile, lui semblait parfois dormir, désinvolte face à la contre-performance tricolore. Nul ne sait à quoi pouvait il penser.

Toujours est-il que les joueurs français ont perdu la Coupe Davis. Le trophée. Et nous, nous avons perdu la Coupe Davis. La compétition. Celle qui a donné tellement de bonheur, de dépassement de soi. Qui a également permis à certains de se relancer alors qu’ils étaient au plus mal. De partir sur la voie du succès. De donner une bouffée d’air frais pendant une saison difficile. Sans la Coupe Davis, peut-être que les joueurs tricolores redresseront la barre, et effaceront d’un sacré revers leur disette dans les grands tournois. Pour enfin replacer le tennis français sur le devant de la scène le temps d’une saison, et non d’un week-end.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *