Vent(oline) de folie sur le Giro

Alors qu’il y a quelques jours, les dés semblaient jetés, et qu’on pensait que Simon Yates disposait d’un boulevard devant lui pour aller chercher son premier Grand Tour, une étape de folie et quelques défaillances historiques plus tard toutes les cartes ont été redistribuées dans un Tour d’Italie qui nous aura tenu en haleine jusqu’au bout. Un Britannique pouvant toujours en cacher un autre, c’est bel et bien Chris Froome, pourtant en grande difficulté il y a peu, qui va s’est vêtu de rose dimanche dans les rues de la capitale romaine. Bilan des courses de cette passionnante 101 ème édition du Giro.

Le grand gagnant : Chris Froome

Il y a une semaine à peine, personne n’aurait misé sur Mister Ventoline 2017 pour aller chercher le dernier grand tour manquant à son palmarès. Et pourtant, le Kényan blanc a su fermer pas mal de bouches en signant une épopée déjà légendaire lors de la 19ème étape, puisqu’il s’est envolé à pas moins de 80 km (oui oui 80) de l’arrivée dans les lacets accidentés du terrible col delle Finestre, pour faire complément exploser le maillot rose d’alors Simon Yates, qui a concédé plus de 35 min ce jour là ! Un naufrage qui en appellera un autre aux couleurs françaises, sur lequel nous reviendrons. Pour l’une des rares fois (la seule ?) de se carrière, Froome a donc su se faire violence, et tenter une attaque insensée pour faire basculer dans l’irréel une étape qui ne semblait pas pouvoir réserver autant de surprise. Rendez vous compte: le british de la Sky a mis tout le monde à plus de 3 min, et le 7 ème de l’étape (Davide Formolo) sera même relégué à plus de 8 min! Ne cherchez pas, c’est tout simplement historique, et de tels écarts entre favoris sur une seule étape cela n’était plus arrivé depuis des décennies.

Si la performance est tout simplement magnifique en soi et semble déjà appartenir à la légende du cyclisme, on ne peut malgré tout pas totalement la savourer en raison des doutes qui pèsent encore sur Froomie. Comment peut on s’enthousiasmer pleinement avec de telles suspicions ? Cette sombre affaire de ventoline vient donc gâcher un peu notre plaisir, mais il n’en reste pas moins que Chris Froome est rentré dans la légende du vélo, et par la grande porte, en attendant peut être que son contrôle anormal transforme le carrosse en citrouille.

Ils ont assuré

  • Tom Dumoulin

    Le tenant du titre arrivait sans trop de repères pour défendre son bien, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a assumé son rôle jusqu’au bout. Certainement le coureur le plus régulier des trois semaines, il ne lui manque même pas une minute pour faire le doublé, et les 40 petites secondes qui le séparent de Froome viennent sans aucun doute du manque de coopération entre lui, Pinot, Lopez et Carapaz derrière le Britannique lorsque ce dernier s’est lancé dans son raid de kamikaze lors de l’avant dernière étape. Malgré tout, Dumoulin confirme qu’il n’est plus qu’un simple rouleur, et que sa mue en coureur jouant le général est bel et bien complétée. Il grimpe bien, n’a jamais connu de défaillances là où tout ses adversaires ont flanché à un moment ou à un autre, et on parle tout de même du champion du monde du chrono. Paradoxalement c’est peut être lors de ce contre-la-montre qu’il n’a pas réussi à creuser assez d’écarts sur la concurrence, puisqu’il s’était classé 3ème de l’épreuve en ne reprenant que 13 secondes à Froome. Cela semblait un d »tail à l’époque tant Yates faisait figure d’homme à abattre, mais c’est également bien là que le Giro a basculé.

    Malgré tout, Dumoulin confirme que son exploit de l’an dernier n’était donc pas qu’un one shot, et le voir remonter sur un podium de grand tour montre bien qu’il fera partie des candidats sérieux pour le général du Giro, du Tour de France ou de la Vuelta dans les années à venir.

 

  • Miguel Angel Lopez

La nouvelle merveille colombienne (une de plus) a parfaitement réussi son Giro, en ajoutant comme cerise sur le gâteau que constituait déjà son maillot blanc de meilleur jeune une place quasi inespérée sur le podium final. Il confirme qu’il représente bien l’avenir, et prend date pour le futur. Encore un peu court pour jouer la gagne en raison notamment de ses trop grandes lacunes en contre-la-montre (50 ème à 2 min 47 du vainqueur du chrono Rohan Dennis), il figure déjà comme l’un des tout tout meilleurs grimpeurs du peloton, et tout semble indiquer qu’il finira par accrocher un jour un Grand Tour à son palmarès. Il vient s’inscrire dans la lignée de son glorieux ainé Nairo Quintana, en espérant qu’il réussisse une aussi belle carrière que le coureur de la Movistar.

  • Elia Viviani

    On a beaucoup parlé du classement général, mais un Grand Tour ce n’est pas que ça, et s’il y a bien un homme qui s’est détaché du lot lors des sprints c’est bien l’Italien de la Quick Step. Intenable, inarrêtable et tout simplement deux vélos au dessus de la concurrence, il a écœuré ses adversaires pour finalement lever les bras sur 4 étapes différentes et s’assurer le maillot par point de meilleur sprinteur. Il aura été avec Pozzovivo (dans la course au podium pendant 3 semaines et finalement 5ème) la principale source de fierté des tifosis italiens, qui n’ont pas eu grande chose d’autre à se mettre sous la dent pendant 3 semaines. Il a définitivement sa place dans le gratin du sprint mondial et ce Giro semble l’avoir fait entrer dans une nouvelle dimension. Autre sprinteur italien à avoir montrer le bout de son guidon, Sam Bennett a lui remporter 3 étapes dont la très prestigieuse dernière étape se finissant dans les rues de la capitale romaine, et s’il a été moins régulier que son compère Viviani, il représente également le futur du sprint transalpin.

Ils ont déçu

  • Thibault Pinot

Que c’est dur de retrouver le franc-comtois dans cette catégorie, mais que c’est logique finalement. Un podium aurait été une juste récompense pour notre Thib’, qui a sans cesse bataillé avec les favoris, semblant même le plus fort derrière Yates pendant les deux premières semaines, et pouvant encore penser à la victoire finale avant le chrono individuel. Seulement voilà, l’armure s’est fissurée une première fois pendant ce contre-la-montre, où Thibaut a terminé à une piteuse 66 ème place à plus de 3 min de la gagne. Puis Pinot, en immense champion qu’il est, n’a pas tendu l’autre joue et s’est même replacé sur la 3ème marche du podium après le coup de force de Chris Froome, prenant la troisième place de cette dantesque 19 ème étape ! Oui mais voilà, il était écrit que ce Giro ne serait pas celui du leader de la FDJ, et comme l’an dernier, le podium lui échappe lors  de l’avant dernière journée. Le scénario est encore plus cruel cette fois, puisque victime d’une terrible défaillance lors de la 20ème étape qu’il a conclu à plus de 40 min de la tête, souffrant le martyr sur son vélo et presque collé au bitume tant il semblait en peine pour appuyer sur les pédales ce jour là, il a été contraint à l’abandon le soir même et n’a donc pas vu Rome. Pas de podium, pas de victoire d’étape, un abandon la veille de l’arrivée avec une 20ème étape qui a viré au chemin de croix, Thibaut Pinot rêvait certainement d’autre chose après sa 4ème place de l’an dernier, et nous aussi d’ailleurs. A lui de rebondir une fois de plus pour nous offrir à nouveau des sensations fortes comme il sait si bien le faire.

  • Fabio Aru

En voilà un autre qui n’as pas répondu aux attentes, et loin de là. A la dérive du début à la fin, Aru a vécu un long et pénible calvaire qui n’est pas allé au bout des 21 étapes puisqu’il a finalement abandonné à 2 jours de l’arrivée finale. L’italien aura traversé son Giro comme un fantôme, et son public ne s’attendait pas à le voir en aussi piteuse forme. On le savait en manque de rythme et de préparation, mais voir un champion de son tempérament être aussi transparent, qui plus est à domicile, est toujours décevant. Il lui faut désormais se trouver de nouveaux objectifs (la Vuelta en fin de saison? ) pour redonner un peu de couleurs à son blason et confirmer son choix de changement d’équipe à l’intersaison. Seul rayon de soleil dans sa grisaille, il a certainement bouclé le meilleur chrono de sa carrière lors de la 16 ème étape en terminant ème à moins de 40 sec de Tom Dumoulin ! Mais ce chant du cygne ne suffit pas à masquer l’immense déception que suscite le Giro d’Aru.

Esteban Chavès aurait également pu prétendre à son petit paragraphe dans cette catégorie en raison des horribles deux dernières semaines d’épreuve qu’il a connu, mais sa victoire ô combien prestigieuse au sommet de l’Etna lors de la 6 ème étape vient sauver son bilan final. Parti cejour là dans la bonne échappée, il avait alors terminé roue dans roue avec son compère Simon Yates. Mais dès la 7 ème étape, conclue à plus de 25 min du peloton, il a du remettre ses rêves de victoire au placard et il traversé les deux dernières semaines comme une ombre, ne parvenant plus à peser sur la course. Le bonhomme ne peut donc pas être satisfait de son Giro, lui qui était ouvertement venu jouer la gagne après son podium il y a deux ans.

Ils ont surpris

  • Richard Carapaz

L’autre coureur de la nouvelle génération dorée sud-américaine nous vient non pas de Colombie mais bien d’Equateur, et il a déjà pris rendez-vous pour l’avenir. A la lutte jusqu’au bout avec Lopez pour aller chercher le maillot blanc, il a montré qu’il avait toutes les qualités pour briller sur les courses de trois semaines, et  si comme son compère colombien il lui faudra progresser en contre-la-montre pour viser plus haut (quasiment 3 min de concédées ce jour là c’est beaucoup trop pour finir sur la plus haute marche du podium), les bases sont là et elles font envie. Beaucoup moins attendu que les Froome, Dumoulin and cie, il n’en a pas moins impressionné et son duel avec Lopez promet une belle rivalité au sommet du cyclisme mondial dans quelques années. Affaire à suivre donc.

  • Alexandre Geniez

Il nous fallait bien trouver une trace de positif à retenir dans le clan français, et elle nous vient du coureur d’AG2R. Il voulait voir ce qu’il pouvait donner en jouant le général, et bien il a surpris tout son monde en assurant du début à la fin, en sachant gérer ses temps forts et ses temps faibles pour finalement finir à une prometteuse 11ème place, et par la même occasion en étant le meilleur français  avec l’abandon de Pinot. Il prend également date pour le futur, et montre qu’il peut être mieux qu’un équipier de luxe pour Romain Bardet lorsque l’occasion lui est donnée. Sa 9ème place il y a deux ans était une belle surprise mais il n’arrivait pas avec la même pression sur les épaules et le plateau était bien moins dense, donnant ainsi à cette 11ème position un goût de franche réussite pour le grimpeur français. Geniez leader sur un Grand Tour, on en redemande.

L’inclassable : Simon Yates

Docteur Simon et Mister Yates. Ainsi pourrait-on résumer le Giro du Britannique, d’abord étincelant et même franchement impressionnant, et à qui on donnait déjà course gagnée il y a 5 jours, et qui va finalement finir hors du top 20 à plus d’une heure et 15 min de son compatriote Froome. A peine croyable pour ceux qui l’ont vu désosser ses adversaires un à un pendant une semaine, et tenir bien mieux le coup que prévu lors du chrono. On se disait alors qu’il tenait bien fermement son premier Grand Tour, mais patatras, il a finalement explosé dans les grandes largeurs lorsque Froomie a allumé un pétard à 80 bornes de l’arrivée de la 18ème étape. L’impensable s’est produit, et Yates a lentement mais inexorablement perdu pied, pour finir à plus de 35 min du leader de la Sky.Son coup de moue s’est confirmé le lendemain où il a encore finit lâcher dès les premières pentes comme un vulgaire cadet qui ne se remet pas de sa sortie trop arrosée au Macumba de la veille. En deux étapes, Yates aura accumulé l’incroyable débours d’une heure et 15 min. Tout simplement irréel et quasiment du jamais-vu dans l’histoire du Giro.

Cependant il ne faut quand même pas oublier la facilité avec laquelle il a dompté les trois premiers quarts de ce Giro. Il a raflé pas moins de 3 étapes, où son punch a fait mouche à chaque fois, et s’est même permis le luxe d’offrir l’étape de l’Etna à son coéquipier Chavès. Il n’aura donc manquer que la touche finale au tableau pour en faire un chef d’oeuvre, mais Yates aura quand même marqué les esprits et doit désormais être considéré comme un vainqueur de Grand Tour en puissance, à condition qu’il prouve qu’il a la caisse pour encaisser 3 semaines de course intensives.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *