Une Vuelta 2018 tout feu tout flamme

Le Tour d’Espagne version 2018 s’achève ce dimanche. Une édition marquée par un classement général indécis jusqu’au bout, des attaques et de la bagarre, ainsi que des Français brillants pendant trois semaines.

Il restait, après le Tour de France, un sentiment d’inachevé. L’impression que jamais, au final, la Grande Boucle n’avait commencé. Geraint Thomas s’était emparé du maillot jaune au terme de la première arrivée au sommet, et jamais il n’avait été remis en difficulté. Alors, forcément, la Vuelta était attendue. Sans Thomas, ni Froome, une porte était sans doute ouverte pour une grande bataille. Simon Yates en a profité. Le Britannique, sauf accident, sera sacré ce dimanche. Un premier succès dans un grand tour, où il a montré qu’il était le plus fort. C’est lui qui a été le plus frais en fin de course, capable d’attaquer encore vendredi, lors de la dix-neuvième étape. Il a montré sa force, pendant que les autres lâchaient petit à petit.

Simon Yates n’a pas eu une course aisée, loin de là. Il a dû composer avec un Alejandro Valverde, toujours présent, capable de résister, jusqu’à vendredi. Le vétéran de la Movistar a, au final, perdu sa place sur le podium. Il se classe cinquième. Car sur le podium, la jeunesse a pris le pouvoir. Enric Mas (Quick-Step), vainqueur de l’avant-dernière étape, et Miguel Angel Lopez (Astana) se sont installés sur la boîte, à l’issue de la dernière étape de montagne.

Ce qu’il reste de cette Vuelta, c’est surtout le panache. Au contraire du Tour de France, il n’y a pas eu d’attentisme, ou peu. Chacun a tenté le coup pour mettre en difficulté un maillot rouge qui avait connu un jour sans sur le Tour d’Italie, concédant 38 minutes à Chris Froome, alors qu’il avait le maillot de leader solidement accroché sur ses épaules. Bien qu’attaqué, Simon Yates n’a pas lâché, et était même le seul à répliquer, quand la Movistar tentait d’imposer son faux rythme. Mais ni Valverde, ni Quintana n’ont pu contester la supériorité britannique sur les routes espagnoles. Simon Yates s’était emparé du maillot rouge lors de la neuvième étape. Il l’aura lâché à la faveur d’une échappée pour Jesus Herrada (Cofidis), mais pour deux étapes, pas plus.

Une belle forme tricolore avant les Mondiaux

Ce qui a également frappé lors de ce Tour d’Espagne, c’est l’audace des coureurs. Contrairement au Tour de France, le déroulé des étapes a sans cesse été remis en cause. Les arrivées prévues au sprint n’ont pas toujours abouti à un emballage final. La faute à des échappées qui ont su jouer comme il le fallait pour aller chercher la gagne. Cela a offert plusieurs étapes au final haletant, puisque les fuyards pouvaient se battre pour aller chercher un bouquet.

Du suspense, de l’audace, et des Français aussi. Les Bleus ont été flamboyants pendant les trois semaines de course. Cela avait commencé avec une prise de pouvoir de Rudy Molard. Le coureur de la Groupama – FDJ avait pris le maillot rouge de leader à la faveur d’une échappée qui est allée au bout lors de la cinquième étape. Quatre jours en tête du classement général, et surtout, le retour d’un Français avec un maillot de leader, après quatre ans d’attente. Le dernier était Tony Gallopin, porteur du maillot jaune une journée sur le Tour 2014. Ce même Tony Gallopin, onzième du classement général, et vainqueur d’une étape, avec panache dans un final pour puncheur. Le coureur d’AG2R – La Mondiale avait su sortir au bon moment, et résister aux favoris pour s’imposer.

Il est un Français qui avait un esprit revanchard au départ de la course. Il s’agit de Nacer Bouhanni. Venu en Espagne pour lever les bras, il a saisi l’opportunité lors de la sixième étape. Il s’est imposé au sprint devant Danny Van Poppel et Elia Vivani. Un succès précieux pour le coureur en manque de confiance, et qui a été sous le feu des critiques, du public, comme de ses dirigeants chez Cofidis. Il n’a pas fini la course, mais a rempli son contrat sur les routes d’Espagne.

Enfin, l’autre grand homme côté tricolore, c’est Thibaut Pinot. Venu préparer les Mondiaux d’Innsbruck (Autriche), le grimpeur de la Groupama – FDJ, il a d’abord suscité quelques inquiétudes en première semaine, lorsqu’il a perdu du temps sur une bordure, puis quand il a flanché sur les premières étapes de montagne, admettant qu’il n’était pas au mieux. Le déclic est intervenu en fin de deuxième semaine, avec un succès de prestige aux Lacs de Covadonga, ascension mythique en Espagne. Le Français a alors intégré un club fermé, celui des vainqueurs d’étape sur les trois grands tours. Non rassasié, Pinot a doublé la mise lors de la dix-neuvième étape, devant Simon Yates. Il termine sixième au classement général, de quoi ambitionner de belles choses aux championnats du Monde, dans deux semaines. La Vuelta, elle, a rendu son verdict, et trois semaines durant, elle a prouvé que le panache pouvait être récompensé de la plus belle des manières.

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