Scandale à la fédération internationale d’athlétisme : une course contre la honte ?

Depuis plusieurs années, le dopage est le fléau des compétitions sportives. Il a récemment touché une de ses disciplines phares, l’athlétisme, juste avant le lancement des jeux Olympiques de Rio. Retour sur cette affaire qui fait trembler le monde du sport.

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Darya Klishina, seule athlète russe à Rio.

La tempête continue à s’abattre sur le monde du sport : après la FIFA (la fédération internationale de football), c’est l’IAAF (l’association internationale des fédérations d’athlétisme) qui est maintenant au cœur d’un scandale. Et pour cause, le 9 novembre, un rapport explosif d’une commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage (AMA) est rendu public. Celui-ci affirme l’existence d’un dopage organisé au sein de la fédération russe d’athlétisme. Coup de tonnerre retentissant car la Russie est un géant à l’échelle de l’athlétisme mondial, en ayant notamment terminée deuxième du classement des médailles lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012.

Des soupçons déjà anciens

En août 2015 déjà, à trois semaines du lancement des championnats du monde d’athlétisme à Pékin, un documentaire de la chaîne de télévision allemande ARD, en collaboration avec le journal britannique The Sunday Times, éveille les soupçons. Dans celui-ci, des témoignages d’anciens athlètes ayant eu recours à des substances dopantes, mais aussi des propos enregistrés en caméra cachée attribués à la championne olympique en titre du 800 mètres, la Russe Mariya Savinova. Ces révélations, qualifiées de « très inquiétantes » par l’Agence mondiale antidopage, font suite à des enquêtes menées par la commission indépendante à l’origine de la déclaration du 9 novembre.

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Mariya Savinova

Le 9 novembre, le rapport de cette commission est donc rendu public. Il fait grand bruit dans l’univers de l’athlétisme mondial, puisqu’il annonce notamment des cas de dopage qui n’auraient « pas pu exister sans le consentement du gouvernement russe », ou encore « une culture profondément enracinée dans la tricherie en Russie ». De son côté, la justice française a pris part à l’affaire, et a notamment mis en examen Lamine Diack, ancien patron de l’IAAF, soupçonné d’avoir reçu d’importantes sommes d’argent en contrepartie de la protection de certaines pratiques dopantes, principalement en Russie. Enfin, l’organisation policière Interpol a annoncé le lancement d’une enquête mondiale sur le dopage ainsi que sur l’IAAF, pilotée par la France.

À rapport exceptionnel, sanctions exceptionnelles

L’avenir sportif de la Russie, nation phare dans toutes les disciplines athlétiques, se retrouve alors en suspens. Après son annonce, l’AMA a immédiatement suspendu l’accréditation du laboratoire antidopage de Moscou. La sanction finit par tomber comme un couperet : l’ensemble des athlètes russes (à l’exception de la sauteuse en longueur Darya Klishina, finalement réintégrer par le Tribunal Arbitral du Sport car vivant et s’entraînant depuis des années aux États-Unis) est privé des JO de Rio, même les plus grandes stars n’ayant jamais été inquiétées de près ou de loin dans des affaires de dopage à l’instar de la tsarine Elena Isinbayeva. En outre, la crédibilité de tous les événements sportifs organisés par le pays ces dernières années, tels que Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014 ou encore les championnats du monde de natation à Kazan en 2015, est entachée. La Russie n’accueillera donc pas les championnats du monde juniors d’athlétisme qui devaient avoir lieu à Kazan en 2016, ni la coupe du monde de marche, épreuve qui devait se disputer à Cheboksary en 2016. L’IAAF a établi une liste de grands principes que la fédération russe d’athlétisme devra respecter en vue d’une éventuelle levée de sa suspension. Parmi eux, « l’établissement d’un cadre antidopage efficace et opérationnel », « des mesures correctives et disciplinaires immédiates » et des « réformes structurelles et réglementaires pour réduire les incitations au dopage ».

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Yelena Isinbayeva, la tsarine.

La Russie… et les autres ?

Dans son rapport, l’AMA insiste sur le fait que « La Russie n’est pas le seul pays, ni l’athlétisme le seul sport, à faire face au problème du dopage organisé ». En effet, un autre pays semble être dans le collimateur : il s’agit du Kenya, véritable maître dans le domaine des courses de fond et de demi-fond et des courses sur route, comme le marathon. Depuis 2012, pas moins d’une trentaine d’athlètes kényans ont été suspendus pour avoir pris des substances interdites. Le 30 novembre, la commission d’éthique de l’IAAF a décidé la suspension provisoire de trois responsables de la fédération kényane « dans l’intérêt de l’intégrité du sport », dont son président Isaiah Kiplagat. A cette sanction s’ajoutent les déclarations du président de la commission indépendante de l’AMA, Dick Pound : « Le Kenya a un vrai problème. S’ils ne travaillent pas sérieusement contre le dopage, quelqu’un le fera pour eux ». Ces deux événements ont visiblement eu l’effet escompté : quelques jours plus tard, la fédération kényane d’athlétisme a mis en place une agence nationale antidopage, et a suspendu sept de ses athlètes pour une durée de deux à quatre ans. Cependant tous les problèmes sont loin d’être résolus, comme en atteste cette histoire surréaliste survenue au cours des derniers JO, où l’un des coachs de la fédération kényane s’est en effet présenté à un contrôle antidopage en lieu et place de l’athlète qui devait être contrôlé !

Le scandale de l’IAAF a retenti comme le véritable signal de départ d’une course contre la honte. Les sanctions mises en place, visant d’abord la Russie, semblent avoir nettement sensibilisé l’ensemble des fédérations nationales. Le 2 décembre, l’agence italienne de lutte contre le dopage a, à son tour, requis deux ans de suspension pour 26 de ses athlètes. Ces réactions sont tardives certes, mais significatives d’un désir de prise de nouvelles résolutions. Malgré tout le dopage reste un fléau majeur qui dévaste autant la crédibilité des compétitions et des records que la santé des athlètes qui sont les premiers à payer les pots cassés dans un système parfois corrompu jusque dans les plus hautes sphères gouvernementales.

Supporter de L’OL en Ligue 1 et de l’ASM en Top 14. La deuxième place, c’est pour lui.

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