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Cette 101ème édition du Giro rentrait enfin aujourd’hui dans la haute montagne et nous proposait une très très alléchante 6ème étape avec la première arrivée au sommet de cet opus, puisque le menu du jour comprenait la terrible ascension de l’Etna pour conclure l’étape. Plus de 15 kilomètres d’ascension à 6,5% de moyenne avec des passages à plus de 16% (ça monte plus que la côte de ton village), l’Etna était clairement un des gros morceaux de ce Tour d’Italie et devait nous permettre d’y voir plus clair sur la hiérarchie entre les gros bras de ce premier grand Tour de la saison, pour qui il s’agissait là d’une occasion rêvée de s’envoyer quelques belles premières cartouches. Alors, qui a marqué des points et qui s’est troué dans les grandes largeurs ? Retour sur une étape riche en indications fortes pour la suite de ce Giro.

Des favoris pas dans la même dynamique

Après une petite semaine de course, les favoris de ce Giro n’abordait pas tous ce premier sommet dans les mêmes conditions et n’avaient pas les mêmes attentes. Col très long et malgré tout plutôt « roulant » (assez peu de changement de rythme dans l’ascension), cette première arrivée au sommet était cruciale pour comprendre tout d’abord si Tom Dumoulin pouvait réellement prétendre à réaliser un fantastique doublé en nous rassurant, sur une montée taillée pour lui.

Chris Froome avait là l’occasion idéale d’enfin taper un peu du poing sur la table et de confirmer qu’il est toujours l’immense favori de cette édition, tandis que Lopez se devait d’essayer de rattraper une partie de son retard déjà conséquent (quasiment deux minutes sur Dumoulin, le mieux classé des favoris au classement général), et qu’on attendait de voir ce que les Pinot, Pozzovivo ou encore Yates avaient encore vraiment dans le ventre. Lopez mis à part tous les principaux favoris se tenaient en moins d’une minute, et on attendait donc de la sueur, du sang, des larmes et surtout du spectacle ! De feu d’artifice on n’a finalement pas eu, mais cette étape s’est avérée plus riche en enseignements qu’il n’y paraît de prime abord, et voici les analyses à chaud d’En Tribunes.

Une étape pas décisive… mais intéressante

Autant le dire tout de suite, personne n’a gagné ou perdu ce Giro aujourd’hui, mais certains ont montré quelques signes de faiblesse ou au contraire une montée en puissance qui sera peut être indicatrice d’une tendance forte pour la suite de l’épreuve. Le premier vainqueur, c’est évidemment le petit grimpeur colombien Esteban Chaves, qui a levé les bras sur la ligne devant son équipier Simon Yates, permettant ainsi à l’équipe de Mitchelton-Scott un fabuleux doublé. Chaves, parti dans l’échappée du jour à 120 km du but en compagnie notamment de Sergio Henao (on reviendra dessus), a réussi l’exploit d’aller jusqu’au bout, mais cela n’aurait sans doute pas été possible sans le geste de seigneur réalisé par son leader Yates, qui est pour nous le vrai vainqueur du jour et qui a laissé la victoire d’étape au colombien sur la ligne. Impressionnant de facilité toute au long de la montée finale, son accélération terrible à 1,5 km de l’arrivée a complètement laissé sur place tous les autres favoris, et le Britannique est aujourd’hui le nouveau maillot rose de ce Tour d’Italie. Son ancien porteur, Rohan Dennis, a craqué et se voit dépouillé de sa belle tunique, mais aura bien résisté pendant la première moitié de la montée.

Derrière le frangin d’Adam Yates, d’autres favoris nous ont fait bonne impression, à l’instar de notre frenchie Thibault Pinot, 3ème de l’étape et qui a semblé en cannes toute la journée, ou encore Pozzovivo, lui aussi souvent vu à l’offensive, et Bennett, qui confirme qu’il sera à surveiller comme le lait sur le feu. Mais si ces trois là sont au niveau escompté et ont fait bonne figure, certains nous ont paru un peu plus pâlots. Tom Dumoulin a fait l’élastique mais n’a jamais vraiment cédé, Fabio Aru ou Miguel Angel Lopez ont été invisibles mais n’ont rien perdu, mais surtout Chris Froome a semblé à la peine comme rarement ces dernières années. C’est peut être l’info la plus importante de la journée, et qui sait si le grand Chris n’est qu’au début de sa peine sur ce Giro.

Froome, un mauvais jour qui en appelle d’autres ?

Le leader de la Sky, immense favori (comme toujours lorsqu’il pose une pédale sur une course par étapes depuis 5 ans), ne nous a jamais semblé être dans une bonne journée, et a même carrément sévèrement souffert par séquences. Grimaçant, tirant fort sur son guidon, le Britannique était dans le dur et cela s’est vu. Premier signal fort : son lieutenant numéro un, Sergio Henao, ne s’est jamais relevé pour aider son leader et a joué jusqu’au bout sa carte perso pour aller gagner l’étape, une scène que l’on n’avait tout simplement jamais vue sur un grand Tour où Froome était aligné depuis 5 ans. Alors, le Colombien avait-il simplement un bon de sortie pour la journée, ou bien la Sky a t-elle décidé que Froome était trop en difficulté pour que le sacrifice d’Henao soit efficace ? La question est ouverte, et cela faisait bien longtemps que cette équipe n’avait pas semblé aussi fragile. Et oui Mister Froome, sans ventoline c’est tout de suite plus difficile.

Malgré tout, une autre option est toujours plausible, celle de la montée en puissance progressive du British. Ses adversaires le savent, Froome n’est pas dans sa meilleure forme, et lui même l’a annoncé avant le départ. Il est évident que sa préparation a été tronquée par son contrôle anormale lors de la dernière Vuelta. Il est évident qu’il ne bluffait pas quand il était distancé sur chaque attaque de ses rivaux aujourd’hui. Mais il est aujourd’hui également évident qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Si dans 2 semaines l’ami Froomie empoche ce Giro qui manque à son palmarès, ses adversaires pourront longtemps se mordre les doigts de ne pas avoir su enfoncer six pieds sous terre le leader de la Sky, car des occasions comme celles-ci ne se présentent pas deux fois. Il ne faut jamais sous-estimer le coeur d’un champion, et si Froome semble au bord du gouffre, il n’y est pas encore tombé, et ses rivaux feraient bien de l’y pousser le plus vite possible avant qu’il ne se remette d’aplomb.

Rien n’est donc joué et cette première étape de haute montagne n’a pas changé la face de ce Giro. Malgré tout, on ne peut s’empêcher de se dire en voyant la facilité de Yates (et la difficulté éprouvée par Froome et dans une moindre mesure Dumoulin ou Aru) qu’il y avait la place pour créer de vrais écarts aujourd’hui. 26 secondes (l’avance de Yates et Chaves sur le groupe des favoris à l’arrivée), c’est bien certes, mais c’est peu. Le verdict de ce Tour d’Italie est loin d’être donné, et on espère toujours que notre Pinot national saura tirer les marrons du feu dans 2 semaines. Cependant, pour ce faire il ne faudra pas éternellement laisser autant de répit en montagne aux deux immenses rouleurs que sont Dumoulin et surtout Froome, qui, s’il est réellement sur une forme ascendante comme il le répète à l’envie, pourrait surprendre tout son monde et empocher cette 101ème édition du Giro.

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