Lyon, double-face

On dit qu’une personne est lunatique lorsqu’elle change brusquement et fréquemment d’humeur et de caractère. Plus qu’un simple individu, c’est toute l’équipe de l’OL qui correspond à cette définition.

Du lion enragé…

Comme Harvey Dent, on a presque l’impression que Nabil Fekir et sa bande tirent à pile ou face pour décider de la qualité de leur prestation. Plutôt « White Knight » contre le Paris Saint Germain il y a 10 jours, Lyon a montré un côté plus sombre dimanche face à Bordeaux. Un manque d’inspiration, des erreurs stupides et trop peu d’engagement pour espérer repartir du Matmut-Atlantique avec des points. Pourtant, les lyonnais venaient de réaliser un exploit qui récompensait un véritable effort collectif, et ce n’était pas le premier.

Face à ses concurrents directs, Lyon se met à la hauteur des événements. Trois victoires et une défaite contre les membres du Top 4 en L1. Un bilan plus que correct qui montre que l’OL à son meilleur niveau doit obtenir son ticket pour la Ligue des Champions. Sans oublier les « manitas » face au rival Sainté, à Nice et à l’ESTAC. Le talent, ce n’est pas ce qu’il manque aux lyonnais. Le mental que les joueurs ont eu pour renverser Amiens ou dominer Monaco est une preuve que cette équipe a du caractère.

Pour renverser le PSG, les joueurs de Pep Génésio ont fait parler leur fougue et leur détermination pour arracher une victoire ô combien importante pour la course à la deuxième place. Bien sûr, l’absence de Neymar, la sortie prématurée de M’Bappé (bien que Di Maria et Draxler ne soient pas les premiers venus) et l’expulsion de Dani Alves ont compté dans la victoire lyonnaise. Et il a fallu deux bijoux (et c’est un euphémisme) envoyés par Bilon et Memphis pour venir à bout de l’ogre parisien. Mais ils ne doivent pas cacher la performance d’équipe. Les joueurs semblaient comme des bêtes assoiffées de sang, prêtes à déchirer les mollets de leur proie. À l’image d’un Tanguy N’Dombélé au four et au moulin. À une semaine de la rencontre entre Marseille et Monaco, Lyon avait saisi l’occasion de s’affirmer comme l’unique dauphin de Paris.

… au chaton fébrile

Mais il a fallu tout gâcher. Arrivés sur la pelouse de Bordeaux avec moins d’envie qu’un Valenciennois face à l’OM, les Gones se sont sabordés. Beaucoup moins impliqués que des Girondins déchaînés, la punition n’a pas tardé avec un but sur contre-attaque de Nicolas De Préville à la 22e minute. Une simulation horriblement flagrante de Malcom pour obtenir un pénalty qu’il transformera, et l’OL est mené 2-0 à la 27e minute. On a bien cru à un semblant de réaction sur une tête de Marcelo à la 45e pour aller aux vestiaires avec un seul but de retard, mais l’incroyable erreur de concentration de Cornet X Lopes donna un second pénalty aux bordelais, cette fois totalement justifié. 3-1, un double changement à la mi-temps, mais le mal était fait. Malgré 20 dernières minutes en supériorité numérique, les lyonnais n’ont pas réduit l’écart.

Lyon a peut être aussi tendance à sous estimer ses adversaires moins bien classés. Une semaine avant la réception de Paris, l’OL accueillait Angers (1-1) et fournissait une piètre prestation, notamment en première période. Apathiques, et en panne d’inspiration offensivement, rien de rassurant en vue du choc contre l’ogre parisien. Contre Lille, Nantes ou Montpellier (une défaite et deux nuls), les copains de Nabil dégageaient la même impression de fébrilité. On peut l’expliquer par la difficulté qu’ils ont à trouver la solution contre des blocs très bas. Mais quand on voit les orgies offensives qu’ils sont capables d’effectuer, on peut se dire que le problème ne se résume pas qu’à la tactique. Les égalisations systématiques de Bordeaux, Dijon et Angers au début de saison pouvaient aussi être synonymes d’un certain relâchement lyonnais.

Alors oui, dans le bon comme dans le mauvais sens, les protégés d’Aulas ont l’art de créer la surprise. Les matchs de l’OL ont l’avantage de fournir une bonne dose d’émotions à n’importe quel adorateur de ballon rond. Ils sont présents quand on n’y croit pas, mais absents quand ils se font attendre. Et vice et versa. Il ne faudrait pas que ce paradoxe les freinent dans leur course à l’Europe. En temps normal, le lion ne s’associe pas avec le cafard.

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