La difficile gestion économique des stades français

Alors qu’il faut compter en moyenne 37 euros pour assister à un match de football de ligue 1, il faut prévoir en moyenne 74,04 euros pour un match de Premier League en Angleterre selon une étude réalisée par France Football. Malgré cette différence de prix qui passe du simple au double, les stades anglais continuent de se remplir contrairement aux stades français qui connaissent une faible affluence. Qu’est ce qui amène une telle différence de fréquentation ? Qu’est ce qui fait que la consommation dans les stade étrangers est nettement supérieure à celle de la France ? De ce fait on peut se demander, quels sont les consommateurs ? Quels sont les types de consommation ? A qui cela profite-t-il ? Apparemment il y a un dysfonctionnement au niveau des stades français, lequel ? Comment y remédier pour redynamiser et redorer l’image de ces stades ? Faut-il voir un nouveau fonctionnement ou une nouvelle gestion ?

Un stade peut en effet avoir plusieurs utilisations et doit à la fois répondre à des contraintes de niveau national mais aussi international. On pourra voir le cas de l’utilisation d’un stade pour la ligue 1 qui doit répondre aux demandes de l’UEFA pour l’Euro 2016.

Les différents fonctionnements et modes de gestion des stades

C’est effectivement le monde du football qui influence sur l’utilisation des stades. C’est le sport le plus pratiqué en France avec 2 106 972 licenciés pour la saison 2015-2016. De ce fait; c’est aussi le sport le plus suivi et médiatisé.

En France, on peut classer les stades selon trois catégories de gestion.

Commençons par le cas unique du Stade De France, plus grand stade du territoire français avec une capacité d’accueil de 81 338 supporters. La particularité de ce stade est qu’il appartient à L’Etat et qu’il a la capacité d’accueillir différents types de manifestations. Ce stade qui représente la France attire donc des consommateurs de différentes natures, supporters de football, rugby, athlétisme, … mais aussi lors de concerts, de visites et autres événements. Le stade de France est vraiment un lieu de consommation en tout genre. Rien que les parkings génèrent une vraie économie, mais on retrouve aussi un centre commercial et d’autres activités en tout genre. Les recettes ne se font donc pas uniquement sur le simple spectacle sportif mais très largement avec toutes les activités annexes.

Le partenariat public privé

Le Partenariat Public Privé (PPP) est un modèle économique très en vogue. Très peu utilisés jusqu’aux années 2000, les PPP sont des contrats établis entre un un corps privé et une collectivité de l’État. Censés améliorer les conditions pour les collectivités, ces contrats se sont lancés à l’assaut des stades. Prenons l’exemple du stade de Nice. La mairie de Nice à lancé le projet de construction d’un grand stade qui à long terme serait bénéfique pour la ville. C’est donc l’entreprise Vinci qui s’est chargée de la construction de l’édifice. Il est convenu dans le contrat de manière simplifiée que la mairie doit rembourser le coût sur 27 années. 27 années durant lesquelles Vinci s’occupe de la gestion du stade et cumule les bénéfices. C’est seulement à l’issue de toutes ces années que la ville de Nice sera propriétaire du stade. Tout comme au stade de France une grande partie des bénéfices se fait sur les activités annexes. Il y a des salles de réception pour les entreprises, il est même possible de privatiser le stade, on y retrouve aussi la boutique du club. Il faut comprendre que les clubs louent le stade pour pouvoir jouer mais que l’équipe ne doit pas jouer plus d’une quinzaine de fois dans ce stade au cours d’une saison. De plus il est rare en France de voir les stades entièrement remplis de supporters (voir plus loin).

Parc OL (Lyon)

Financement privé

Il existe un dernier type de financement d’un stade, un financement entièrement privé. C’est le cas du nouveau stade de Lyon. Jean Michel Aulas a fait construire un stade uniquement en signant des contrats avec des entreprises. Aucune collectivité n’est impliquée dans le financement du Stade des Lumières. C’est une toute nouvelle génération que l’on pense voir apparaître. En plus de cette nouveauté, le stade de Lyon s’est présenté sur un nouveau modèle de fonctionnement pour la France. Le parc s’est développé comme un vrai lieu de vie autonome. C’est-à-dire qu’en se rendant sur le site on peut y trouver un golf, des hôtels 3 étoiles, des commerces, bowling, cinéma, un casino, des bureaux, karting … bref tout pour qu’une famille entière puisse y passer une journée voir plusieurs jours complets. Ce modèle assez nouveau en France s’inspire des modèles étrangers notamment américains. Ne créant pas de déficits pour les collectivités et comptant sur toutes les activités annexes pour créer des bénéfices, ce modèle est selon les économistes le meilleur compromis pour qu’un stade réussisse et gagne sa place sur la scène internationale.

Avec l’exemple du Parc OL, un nouveau type de stade est peut être en train de faire son apparition en France pour les années à venir. Se dirige-t-on vers une nouvelle dimension du sport français ?

Un fonctionnement nouveau

De plus en plus et dans beaucoup de pays on voit apparaître une consommation dans les stades diversifiée. A l’origine les stades étaient uniquement construits pour accueillir les supporters. Aujourd’hui avec l’évolution de la société et l’énorme dimension économique du sport, les stades deviennent plus qu’un lieu de démonstration sportive. La consommation qui se faisait aussi grâce aux ventes de boisson dans les stades s’est vue diminuée et contrôlée par la loi Evin. Cette loi limite entre autre la publicité sur la consommation d’alcool. Les différentes consommations autour d’un stade se font bien entendu avec la billetterie et la location du stade par le club mais aussi et surtout par toutes les activités annexes. On retrouve ce modèle au stade de France et beaucoup aux États-Unis. Mais cette conversion des stades ne s’est pas faite à vitesse égale selon les pays et les villes. La France montre un retard à ce niveau car les stades représentent actuellement de gros gouffres financiers. Et à cela s’ajoute la pression des organisations internationales.

Les grands font la loi

Les organismes internationaux tels que la FIFA, l’UEFA ou encore le CIO dictent leurs lois et passent au dessus de tout. Ils ont un tel pouvoir et un tel rayonnement international que les stades sont encerclés par la pression. Si l’on prend l’exemple de l’Euro 2016 on voit que des stades ont fait des rénovations très coûteuses pour répondre aux demandes de l’UEFA. Ces rénovations ne sont pas à la hauteur du championnat français et ne sont pas rentables pour les villes concernées. De même pour la coupe du monde de foot au Brésil qui devait coûter 11 milliards mais qui est aujourd’hui chiffrée à 50 milliards. Dans ce cas c’est la FIFA qui a imposé des structures coûteuses et les consommations dans ces stades ne sont importantes que lors des gros événements. Le reste du temps les infrastructures ne sont pas adaptées au modèle sportif du pays. Il en va de même avec le CIO et les Jeux Olympiques. Il n’est pas rare de retrouver suite à ces grands événements des stades inutilisés. On parle alors d’éléphants blancs (voir article déjà publié à ce sujet). Il sera intéressant d’étudier cela au Qatar qui prévoit un budget de 200 milliards d’euros. La France qui est en retard à l’image du Stade de France qui se classe au 38 rang international dans le classement des stades en fonction de leur nombre de place. Le modèle économique des stades français est-il donc réellement à remettre en question ?

Le sport : un vrai business

Il est vrai que l’économie sportive est un sujet qui revient souvent au cœur des débats. Une certaine jalousie du bon fonctionnement des pays voisins se fait sentir. Cela retrace un désaccord des politiques sportives ou du moins une implication confuse et trop légère de l’État dans le monde sportif français. Cela laisse une grande liberté au fonctionnement du sport. On a pu voir plus tôt que le coût d’un stade pouvait s’étendre sur plusieurs dizaines d’années. Mais le sport, il ne faut pas l’oublier, est soumis à des aléas comme les résultats sportifs. C’est ainsi qu’on retrouve un stade mal utilisé à Le Mans qui s’est vu construire un stade alors que l’équipe est redescendue dans les divisions et n’a plus les moyens de jouer dans ce stade. A ce niveau un stade à la consommation plus diversifiée aurait peut être pu se voir plus utilisé à long terme. Pour régler ces phénomènes financiers les stades ont recours au naming (exemple : allianz riviera à Nice …) ou a à de nombreux consortiums. La Fédération Française de Rugby (FFR) avait lancée le projet de construire son propre stade mais Bernard Laporte arrivé récemment comme président à la tête de la FFR et conscient des dépenses trop importantes a fait annuler ce projet (cliquez ici pour lire notre article sur à ce sujet). Cela marque vraiment un dysfonctionnement au sein du monde sportif français et qu’il est temps de réorganiser ce système ainsi que le mode de consommation pour pouvoir rivaliser avec l’international.

Quelle est donc la place des stades français à l’avenir ? Vers quel type de consommation se dirigent-t-ils ?

Un stade de France symbolique

L’avenir du foot français et de ses stades

Le football français est effectivement « en retard » sur ses pays voisins. La France est un très bon pays avec ses clubs formateurs mais ne possède pas un championnat des plus attrayants. Il faut avouer que la culture du football en France est assez faible si on est amené à comparer avec l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne ou encore l’Italie. Le nombre de supporters dans les stades est très représentatif. Les stades espagnols sont remplis et les socios remplissent le stade quasiment à eux seuls. De même en Angleterre et en Allemagne. Certes la consommation est compliquée dans les stades et on cherche des moyens d’améliorer cela mais la fréquentation des stades français est assez faible, surtout quand on connaît le prix des places par rapport à l’étranger. Améliorer la conception des futurs stades peut attirer une nouvelle clientèle mais aussi paraître surdimensionné par rapport à la demande. C’est pourquoi les nouveaux stades diversifient leurs activités pour augmenter les cibles de consommateurs potentiels.

La tendance actuelle se dirige vers l’exemple du nouveau stade de Lyon. Le modèle du stade privé aux multiples activités attire les regards. Les États-Unis très friands de ce fonctionnement ont fait de leurs stades des vraies villes. Les américains passent des journées entières dans les stades lors des matchs de football américain ou des parties de base-ball. Il se pourrait que l’avenir des stades et du football français se retrouve dans les stades entièrement privés et dirigés vers une consommation diversifiée touchant toute une population. Certaines politiques et certains politiciens sont favorables à ce modèle de privatisation. François Fillon, ancien premier ministre, avait annoncé à propos des stades, pour éviter que les collectivités perdent trop que «ces enceintes seraient privées ou ne seraient pas». Cela montre bien que depuis quelques années le questionnement sur la place et la consommation dans les stades est au cœur de l’actualité et des débats politiques et économiques. On constate qu’il y a bien différentes causes qui conduisent au mauvais fonctionnement dans les stades mais aussi différentes solutions proposées et appuyées.

Voilà un dernier aspect du sport français et de la gestion des stades. Dans le championnat de football français, seules les équipes qui ont un gros budget parviennent à s’imposer, ce qui nuit à la dynamique sportive française. Des équipes comme le PSG avec le soutien du Qatar ont de bien meilleures ressources que la plupart des autres clubs français. Cela empêche toute concurrence possible et ralenti le développement des autres clubs et stades. Le point positif c’est que ces équipes à fort pouvoir économique sont les seules à pouvoir rivaliser sur la scène internationale, l’exemple en est avec le PSG en Ligues des Champions. Pour l’avenir des stades, il serait peut être intéressant d’augmenter la concurrence entre les entreprises sur le champ sportif de manière à ce qu’il y ait une rivalité sur l’entreprise qui aura le meilleur stade ou la plus grosse part. Mais cet aspect ne fonctionnerait pas forcément si l’affluence dans les stades n’augmente pas. La culture du football en France n’étant pas aussi forte que dans les autres pays européens il serait intéressant pour ce monde sportif que la société se tourne de plus en plus vers le sport. L’accueil de grands événements pourrait favoriser la société française à se diriger encore plus vers le sport. Si les Jeux Olympiques sont amenés à se dérouler à Paris en 2024 cela pourrait être un tournant dans la société sportive française. Il en va aussi purement et simplement des clubs de football eux-même. La France possède de très bons clubs formateurs mais vendent les joueurs à l’étranger. Cela fait une grosse part de l’économie du football mais peut-être que si les clubs gardaient ces très bon joueurs le championnat français aurait une autre dimension et les supporters auraient affaire à un véritable spectacle. Ce qui attirerait plus de consommateurs potentiels.

Le Vélodrome à 30min d’un match de l’OM face à Bilbao

On sent depuis quelques années que le sport est arrivé à un point ou des nouveautés doivent apparaître pour éviter un essoufflement. Générant une véritable économie incontournable et faisant partie de nombreuses politiques, le sport « économique » est un secteur encore jeune qui se doit d’évoluer. La difficulté est de répondre à la fois aux demandes internes de la France et aux demandes au niveau international. Cependant, l’évolution entre les pays et la culture n’est pas la même, ce qui pose de réels dysfonctionnements très pénalisants sur le plan économique.

Amateur de sport extrême, quand il cherche un glacier, c’est pas pour prendre un cornet vanille-pistache mais pour le descendre en snowboard.

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