James Harden & Russell Westbrook : les dictateurs de la NBA

Selon la définition du Larousse, la dictature est un pouvoir absolu exercé par une personne dans un domaine particulier. Dans le Texas et l’Oklahoma, deux êtres charmants sévissent cette saison. Messieurs Harden et Westbrook claquent des stats incroyables, historiques et hyper spectaculaires. Au profit de la victoire et de l’équipe ? Analyse.

Russ et James, monstres statistiques

D’un côté, le pitbull enragé, incroyablement athlétique et explosif, difficilement arrêtable, j’ai nommé monsieur Russell Westbrook. Ses stats ? 30,9 points, 11,3 passes décisives et 10,8 rebonds par match. Tout simplement historique. 7 triples doubles d’affilée, série en cours.

De l’autre, le barbu shooteur, capable de scorer d’à peu près partout et surtout de pénétrer pour soit terminer près du cercle, soit ressortir pour un coéquipier à trois points, soit provoquer la faute et shooter ses lancers. Ses stats ? 28,2 points, 11,4 passes décisives et 7,6 rebonds par match. Petit joueur.

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Le meneur du Thunder vient de dépasser Michael Jordan en enchainant 7 triples doubles consécutifs avec 6 victoires. Oklahoma City pointe aujourd’hui à la 6ème place de la conférence Ouest. Dans le Texas, James Harden et les Rockets sont actuellement 4ème de cette même conférence tandis que le barbu est le meilleur passeur de la ligue.

Des stats pour quoi ?

Si le bilan des deux franchises est positif par rapport à ce que l’on pouvait attendre avant le début de la saison, le fond de jeu proposé par le Thunder et les Rockets est d’une pauvreté rare et leur confrontation cette nuit (victoire des hommes en rouge) a été le reflet de l’emprise que peut avoir un seul joueur sur toute une franchise. En effet, côté Houston, James Harden a été basculé à la mène cette saison et tous les ballons passent par ses mains. Aucune ou vraiment très peu d’actions ne sont pas orientées, à un moment ou un autre, vers le barbu.

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Côté Thunder, Westbrook donne l’impression de tout vouloir faire et il semble encore plus caricatural que son joli collègue, tâche peu aisée. Russ est le chef de soldats qui font ce qu’il désire. Si Monsieur Westbrook souhaite un écran, Steven Adams le lui dépose. Si Monsieur Westbrook désire prendre le rebond, on le lui laisse. On a le sentiment que si Monsieur Westbrook désirait un diabolo pêche avec une rondelle de citron et une demie douzaine de chouquettes, Enes Kanter et sa belle moustache pourraient filer lui préparer tout cela et lui rapporter en quelques minutes.

Une monopolisation chiffrable

Si ces ressentis peuvent être considérés comme subjectifs, tentons d’apporter des données statistiques qui pourraient renforcer ou non ce point de vue. Quoi de mieux pour cela que de prendre en compte le nombre de ballons touchés par match, le temps de possession des deux hommes ou encore leur nombre de shoots tentés par match ?

Au niveau du nombre de tentatives par match, Harden prend 19 shoots par match. C’est beaucoup mais il n’est que 10ème dans ce classement mené d’une sympathique marge par l’ogre Russell Westbrook. Le meneur du Thunder fait fort en prenant 24,2  shoots par match. A titre de comparaison, Kevin Durant en prend 16,8 par match. Depuis la saison 1993-1994, seul Kobe Bryant a fait mieux (ou pire selon le point de vue) avec plus de 27 tentatives pour le Mamba en 2005-2006 avec ses Lakers. En matière de croquage, Kobe est un client.

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Attaquons nous dorénavant au temps de possession des deux joueurs. Il s’agit du temps que le ballon passe entre les mains d’un joueur pendant un match. Inutile de vous dire que les deux gourmands mènent la danse. C’est Harden qui est devant avec 9,1 minutes de possession par match contre 9,0 minutes pour Westbrook. Tentez d’imaginer ce que cela représente. Sur les 36 minutes qu’ils passent sur le parquet en moyenne (36,7 pour Harden, 35,7 pour Westbrook), ils ont le ballon en main un quart du temps. En prenant en compte le fait qu’il y a deux équipes lors d’un match de basket (la plupart du temps en tout cas), on peut séparer le temps passé par les deux joueurs en deux car 50% des actions sont pour une équipe et le reste pour l’autre. Pour être plus clair, sur les 36 minutes passées sur le parquet, environ 18 le sont avec la possession pour son équipe. Donc, sur les 18 minutes où les Rockets ou le Thunder ont la balle, Harden et Westbrook la touche 9 minutes. C’est immense. Comparons avec d’autres cadors de la ligue. 5,8 minutes pour LeBron James, 4,9 pour Steph Curry, 3,4 pour Leonard, 2,5 pour Durant et 1,5 pour Klay Thompson.

Enfin, analysons le nombre de ballons touchés par match. Dans cette catégorie, c’est étonnement JaVale McGee qui mène avec 36 touches par match. Ah non, excusez-nous, il s’agit ici du nombre de bouteilles de Gatorade touchées par match et le pivot est rayonnant cette saison dans ce domaine. Westbrook et Harden sont encore leaders dans cette catégorie avec 98,7 ballons touchés par match pour le Rocket tandis que Russ franchit le palier des 100 ballons touchés. Qu’est ce qu’on fait maintenant ? On compare, bien vu. 77,7 ballons touchés par match pour Steph Curry, 85,6 pour LeBron, 61,5 pour Durant, 57,2 pour Leonard et enfin 47,5 pour Thompson.

Mais ils gagnent, donc chut !

En effet, le Thunder et les Rockets sont virtuellement en playoffs aujourd’hui donc que peut-on reprocher à ces deux superstars ? Le but premier du basketteur est la victoire collective et qui pense à l’heure actuelle, que Houston ou Oklahoma City sera champion NBA en juin prochain ? Personne. On vous l’annonce ici en avant-première, le Thunder et les Rockets seront en vacances avant juin 2017. Ces deux équipes ne peuvent prétendre au titre NBA en l’état actuel.

Pourquoi ? Parce que la défense est primordiale en playoffs et celle du Thunder, comme celle des Rockets est un comme un parapluie troué, peu étanche. OKC et Houston prennent l’eau et Harden et Westbrook ne seront pas meilleur défenseur de l’année à la fin de la saison.

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Pourquoi ? Parce qu’une équipe n’est pas championne NBA avec un seul vrai joueur. Il faut plus de talent à ces deux équipes pour décrocher le graal. Mais dans ce cas-là, on ne peut rien reprocher à Westbrook et Harden parce qu’ils n’ont pas une équipe suffisamment armée ! Il est là le problème. Il y a quelques saisons, les deux hommes portaient la même tenue et étaient entourés par Kevin Durant, Reggie Jackson ou encore Serge Ibaka. Aujourd’hui, Westbrook est tout seul à OKC. Simple hasard ? Non. Westbrook n’arrive pas à jouer parfaitement avec d’excellents joueurs à ses côtés. Certes, il a mené le Thunder assez loin avec KD mais on a toujours eu la sensation que leur potentiel était supérieur à ce qu’ils produisaient.

Revenons en 2011. Durant, Westbrook, Jackson, Harden et Ibaka jouent pour le Thunder et ont respectivement 23, 23, 21, 22 et 22 ans. Tous sont promis à un bel avenir et OKC a tous les atouts en main pour écraser la NBA sur au moins 5/6 ans. Problème, les stars n’arrivent pas à cohabiter et Harden s’en va à Houston, Jackson à Detroit puis Ibaka et Durant à Orlando et Golden State. 5 ans plus tard, tout est parti en fumée et Westbrook claque des stats dans le vide.

Pour Harden, l’arrivée de Howard était alléchante sur le papier, elle aura été un échec cuisant. Les présences de Ryan Anderson et Eric Gordon semblent idéales pour Harden mais le titre parait encore très très loin pour des Rockets sans défense.

Les Warriors, par exemple, sont parvenus à construire une équipe d’abord à travers la draft avec les arrivées de Curry, Thompson, Barnes et Green par ce biais là. L’égo des joueurs n’a pas posé de problèmes et ils ont su trouver la bonne formule pour gagner. La signature de Durant cette saison est la récompense d’un travail lucide réalisé saison après saison.

Au final, Harden et Westbrook sont très impressionnants individuellement mais leur équipe est très loin de gagner. Il faut de tout pour faire un monde et tant mieux si des joueurs font le spectacle mais d’un point de vue purement sportif, on se demande encore comment ces deux joueurs pourraient être champion en étant première option de leur franchise sans changer un minimum leur jeu.

En concubinage sportif avec Dwyane Wade. Fervent défenseur du beau jeu et de la dernière passe, celle qui "fait la diff'".

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