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Tous les deux ans, à quelques encablures des plus grandes compétitions par équipes nationales que sont l’Euro et la Coupe du Monde, c’est la même rengaine : chaque habitant de chaque pays participant se prend pour le sélectionneur de son équipe nationale, et estime bien évidemment que la liste des 23 fournie par le sélectionneur (le vrai cette fois) ne répond à aucune logique, que l’absence d’un tel ou d’un tel est scandaleuse alors que la présence de Jean-Michel ou Jean-Denis est plus que discutable. Mais comment de tels discours peuvent-ils être tenus par des fans ayant très certainement plus l’amour du pastis que du maillot ? Tentative de décryptage d’un véritable cancer du football mondial.

Un phénomène vieux comme le monde

C’était il y a 20 ans déjà. Personne ne l’a oublié, la France est sacrée championne du monde en giflant le grand Brésil en finale au Stade de France, et en ce 12 Juillet 1998 béni, Zidane, Deschamps et consorts rentrent par la grande porte dans la légende du football français. Mais en plus des 22 joueurs qui ont fait partie de cette merveilleuse épopée, un homme a fermé un paquet de bouches ce jour-là et s’est assuré sa place dans le panthéon du foot mondial : Aimé Jacquet, sélectionneur aujourd’hui devenu légendaire, mais à l’époque tellement décrié à l’approche de cet événement que toute la France attendait. Ils étaient peu nombreux à défendre les choix du maître Jacquet, et particulièrement celui de se passer des services de Canto (qui était pourtant déjà une légende de Man United), de Ginola ou encore de Papin (Ballon d’Or 1991 s’il-vous-plaît) pour composer son attaque, leur préférant Henry (même pas 20 ans et une seule sélection avant la compétition), Guivarch et Diomède (titulaires à … Auxerre, on a connu plus sexy pour remporter une Coupe du Monde) ou bien encore Dugarry, à qui certains trouvaient plus de qualité en tant que meilleur pote de Zizou que comme joueur de football.

Oui mais voilà, Aimé a dû trancher dans le vif car son métier consiste quand même avant tout à faire des choix, que l’on y adhère ou non. Jacquet était dépeint par la presse (française tout particulièrement) comme un sélectionneur en papier mâché qui allait envoyer l’EDF droit dans le mur et briser le rêve de tout le peuple tricolore, et certains de ses choix, en premier lieu celui d’emmener Duga, étaient décrits comme catastrophiques et allant à l’encontre de toute logique. Seulement voilà, la fin de l’histoire est désormais connue de tous, et il semblerait que ce brave Aimé avait un minimum de suite dans les idées et que celles-ci aient emmené la France sur le toit du monde pour la première fois, rien que ça. Duga n’a pas flambé, mais il a été un coéquipier modèle et loyal, se mettant au service du collectif quand il le fallait, chose que Canto n’a jamais su faire par exemple.

On peut se dire alors que la leçon aurait été retenue, et que n’importe quelle personne n’ayant vu qu’un bout de mi-temps d’un match de poussin du club de sa région durant l’année se priverait désormais de critiquer allègrement chaque choix de coach. Que nenni ! Ce phénomène, irritant au plus haut point, a encore de belles heures devant lui, comme des exemples plus récents viennent encore le démontrer.

Il y a des claques qui se perdent

Pour reprendre une expression de ma grand-mère,  adaptée à la situation, ce genre de réflexion est particulièrement insupportable. Quand Joachim Löw décide par exemple de ne pas sélectionner Leroy Sané dans sa liste des 23 pour la Coupe du Monde, ou quand notre DD national décide de se passer des services d’un Rabiot, d’un Martial ou encore d’un Payet, combien de footix ont crié au scandale, hurlant leur incompréhension devant ces choix et décrivant le sélectionneur comme un vulgaire inculte du football ? Beaucoup, beaucoup trop même, car personne, mais absolument personne, ne dispose de tous les éléments pour émettre le moindre jugement sur la composition d’une liste. Juger les performances individuelles des joueurs n’est déjà pas chose aisée (il faut pour cela regarder des matchs en entier et pas uniquement des highlights sur Youtube) et pourtant tout le monde y va de son petit point de vue, mais critiquer des choix de liste représente quelque chose de plus aberrant encore. Oui, il me semblait aussi que Leroy Sané a réalisé une saison plus aboutie que Julian Brandt par exemple. Mais Löw n’est pas peintre en bâtiment, il est champion du monde en titre, il connaît la musique pour aller décrocher la lune, et s’il y a bien une personne apte à trancher c’est lui et personne d’autre.

Quand on ne vit pas à l’intérieur du groupe, comment peut-on mesurer tous les paramètres qui doivent être pris en compte pour construire une équipe ? Comment Jean-Michel, pilier du bar PMU du coin peut-il réellement savoir mieux que son sélectionneur ce qui est un bon choix pour aller gagner le titre ? Même les observateurs les plus chevronnés ne sont pas au cœur de l’équipe, ils ne connaissent pas le contenu des entraînements, l’investissement qu’un tel ou un tel met dans sa préparation, la complémentarité entre tel et tel joueur, la vie du groupe au quotidien. Pourtant c’est bien cela le plus important, construire un groupe, construire une équipe, et pas seulement empiler des joueurs de talent à foison.

Quand votre plombier vient réparer votre évier, est-ce que vous lui expliquer comment changer telle pièce, ou comment se servir d’un tournevis ? Non, il connait son métier, et c’est bien pour cela que vous faîtes appel à lui. Alors faites confiance aux sélectionneurs, qui, s’ils ne font pas toujours les bons choix, ont eux au moins toutes les cartes en main pour en faire, et ne se contentent pas de prendre les joueurs les plus flashy, ceux dont ils aiment bien le prénom ou qui font tout simplement partie de leur équipe de cœur. A bon entendeur.

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