Et si Monaco descendait en Ligue 2 ?

Deuxième du championnat l’année dernière, l’AS Monaco vit un exercice 2018-2019 douloureux. Englués à la 19e place malgré une effectif plus que talentueux, les rouge et blanc sont dans une situation peu confortable. Et le remplacement de Leonardo Jardim par Thierry Henry ne semble pas soigner leurs maux. Alors qu’une vingtaine de rencontres ont déjà été jouées par les clubs de Ligue 1 cette saison, la question aussi inattendue que terrible doit se poser : les Monégasques vont ils parvenir à se maintenir ?

Il y a moins de 22 mois, face à Manchester City, Tiémoué Bakayoko envoyait l’AS Monaco en demi-finales de la Ligue des Champions d’une tête rageuse. L’Europe s’extasiait devant un effectif qui mêlait talent, jeunesse et fougue. Tout va vite dans le football, encore plus à Monaco. Deux ans plus tard, le milieu défensif est parti cirer le banc de l’AC Milan, raillé pour sa qualité technique digne d’un quarantenaire boitillant évoluant en National 3 dont les frappes dévissées abattent chaque week-end un pauvre volatile. Les Bernardo Silva, Thomas Lemar, Fabinho et autres Kylian Mbappé ont été remplacés par Jean-Eudes Aholou et Nacer Chadli. Forcément, les résultats sportifs en pâtissent.

Les limites d’une politique poussée à l’extrême

Évidemment, nous en rajoutons. Mais la politique du club, qui lui a permis d’atteindre les sommets, montre cette saison les limites énormes de cette volonté de cueillir le fruit lorsqu’il devient mûr et de le remplacer par un fruit tout vert et tout dur. Cette vision accentue le risque d’une mauvaise récolte. Et c’est peu dire que le cru 2018-2019 est un peu âpre. Kamil Glik s’est acheté une remorque pour courir moins vite et transporter derrière lui le poids des années. Jemerson est devenu l’ombre du prometteur relanceur qu’il était il y a 2 ans. Djibril Sidibé, gêné par des pépins physiques, est dans le creu de la vague. Diego Benaglio est aussi étanche que ton oncle vicieux le soir du nouvel an tandis que Benjamin Henrichs peine à justifier les espoirs suscités lorsqu’il évoluait à Leverkusen. Au milieu de terrain, la pépite belge Youri Tielemans est bien trop irrégulier pour louer ses performances alors que Youssef Aït Bennasser fait le job mais montre des limites. Devant, les blessures de Rony Lopes et Stevan Jovetic ont longtemps obligé Jardim puis Henry à titulariser des jeunes pouces, à l’image de Sofiane Diop ou Moussa Sylla.


En bref, la politique visant à miser sur de jeunes prospects a une limite : potentiel rime avec possibilité d’échec. Et malheureusement pour les (quelques) fans de l’ASM, Lemar, Mbappé et compagnie ont peu d’équivalent en Europe. Miser seulement sur la jeunesse est périlleux. L’espoir ne remplace pas des champions du monde. Conséquence, Monaco rame malgré le troisième budget de Ligue 1. Si l’argent ne marque pas de but et que le football reste imprévisible malgré les liasses de billets posées sur la table (coucou Leicester), Neymar ne s’achète pas avec des cacahuètes et le talent a un prix. Avec plus de dix fois plus d’argent que le Nîmes Olympique, l’ASM pointe actuellement à 9 points des hommes de Bernard Blaquart. Certes, Renaud Ripart est un brave jeune homme mais ne me dîtes pas que sa dégaine de facteur campagnard est capable de mettre Aleksandr Golovin, auteur d’une Coupe du Monde admirable avec la Russie, dans sa poche. Que nenni. Le club de la Principauté est tombé dans un tourbillon d’annihilation de confiance, qui fait passer les Falcao, Tielemans et Sidibé pour de vulgaires joueurs de Division Honneur. A peu près tout le monde est d’accord pour dire que le talent ne manque pas à Monaco, l’effectif étant probablement dans le top 4 (pour être gentils) du championnat en termes de qualités footballistiques pures.

Un recrutement cohérent

Après plus de quatre mois de compétition et l’éviction d’un coach brillant mais en fin de cycle, l’ASM n’y arrive toujours pas. Et la fin de saison approche à grands pas. Certes, il reste 18 matchs de Ligue 1 à disputer et si les Assémistes venaient à remporter leurs deux prochaines rencontres, un immense bol d’air frais soufflerait sur la côté d’Azur. Mais la tendance n’est pas aux 3 points. A domicile face à Strasbourg, Monaco a connu samedi sa plus lourde défaite de la saison (5-1). Et ce malgré la présence des recrues. Car oui, Monaco a recruté cet hiver. Et quand les dirigeants monégasques recrutent, ils ne le font pas en jouant aux cartes. Avec les ventes des cracks des dernières années, les poches sont pleines et les billets peuvent pleuvoir. Ainsi, Fabregas a dû négocier un sacré chèque alors que Ballo-Touré, qui pouvait sûrement de jouer l’Europe avec Lille la saison prochaine, a dû voir son banquier ravi. Mais qu’importe les salaires, l’important est ailleurs. Avec Fabregas, Ballo-Touré, Naldo, Vainqueur et possiblement Michy Batshuayi dans les prochaines heures, le mercato monégasque est plus que cohérent. Du talent et de l’expérience ; le cocktail idéal. Mais contre Strasbourg, Fabregas a été à la peine et Naldo exclu dès la 7e minute. Forts, les mecs. On envisageait la fin des emmerdes avec l’arrivée de joueurs habitués au haut niveau, elles sont plus présentes que jamais.

Si tout va très vite dans le football, cela fonctionne dans les deux sens. L’ASM est loin d’être décrochée au classement et des équipes comme Dijon, Amiens ou Angers par exemple, risquent de faiblir au printemps. Monaco a le réservoir de joueurs pour croquer ces clubs là et tout laisse à présager qu’une remontée est plus que probable. Cependant, chaque semaine, on entend des « Tranquille, il reste du temps ». C’est vrai, il reste du temps. Mais plus les jours passent et plus le temps presse. Thierry Henry, au bout du rouleau samedi dans la défaite des siens contre Strasbourg, va vite devoir activer les quelques leviers qui permettraient au bateau rouge et blanc d’éviter le naufrage. Autrement, Monaco sera l’année prochaine aux prises avec Béziers et Châteauroux à l’étage d’en dessous. Pas enchantant comme programme.

En concubinage sportif avec Dwyane Wade. Fervent défenseur du beau jeu et de la dernière passe, celle qui "fait la diff'".

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *