Entretien avec Aristide Bègue : « Je ne pensais pas pouvoir tomber aussi bas »

La carrière d’un sportif de haut niveau n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a un an, Aristide Bègue, biathlète deux fois champion du monde junior et double médaillé olympique de la jeunesse, était promis à se battre pour une qualification pour les Jeux Olympiques de Pyeonchang. Mais il a sombré dans une délicate dépression, à l’aube d’une saison pleine de promesses. Grâce à ses proches et une réflexion sur celui qu’il voulait être, le natif de Beauvais a surmonté la maladie. Aujourd’hui, pour En Tribunes, il met des mots sur ses maux et rayonne à travers ses dires. Aristide Bègue est de retour et il ne compte pas faire de la figuration.

En Tribunes : On t’a vu briller à Aix début septembre pour un show d’exhibition. Cela valide ta préparation estivale ?

Aristide Bègue : J’avais des objectifs psychologiques et techniques pour ce show. J’ai réussi à mettre en place ce que je voulais et cela valide ma préparation estivale oui ! Le résultat en lui même est peu important, c’est cet hiver qu’il faudra briller ! Réaliser un bon résultat était un bonus et ça fait toujours plaisir de jouer devant.

Quels sont tes objectifs cette saison ? 

Ils sont d’ordres techniques, physiques et psychologiques. Je n’ai pas d’objectif de résultat et je ne veux pas en avoir. La saison dernière je voulais me qualifier pour les JO et j’ai tout fait dans le désordre. Cette année, je pense « progression» et je laisse les objectifs de performance pour les sélectionneurs.

La saison dernière a été douloureuse pour toi. Tu peux nous raconter ce qu’il t’est arrivé ? 

Ma préparation estivale se déroulait parfaitement. Je me sentais fort et capable de me sélectionner pour les Jeux Olympiques. À la suite de notre dernier stage avec l’équipe de France fin Août, j’étais très fatigué et je ne parvenais pas à récupérer. J’ai alors réalisé une série de tests pour savoir pourquoi j’étais si épuisé. Je n’avais rien, pas de maladie ni rien qui puisse expliquer mon état. En plus d’une fatigue généralisée, je n’avais plus envie de rien, RIEN ! Pas envie de m’entrainer, faire du sport, sortir avec les ami(e)s, faire de la planche à voile ni même aller voir un match de l’USAP. 

C’était une fatigue mentale, une sale période qui a durée presque 2 mois. Je me suis entrainé seulement 2 semaines sur la période de septembre à octobre. Grâce à ma psychologue, j’ai analysé ma dépression et je commençais à aller mieux quand je me suit fait une triple entorse de la cheville et lésion osseuse du talus. J’ai alors appris que j’allais rater le début de saison. La médecin des équipes de France m’a aussi dit « Non Ari, tu ne seras pas aux Jeux Olympiques cette année .. » OUTCH ! J’ai pleuré, crié et je me suis questionné. Je ne pensais pas pouvoir tomber aussi bas.

Heureusement je suis rentré chez moi à Font-Romeu et grâce à mon entourage je me suis relevé petit à petit. J’ai pu reprendre le ski avec l’équipe de France Junior mi Décembre. J’ai travaillé du mieux que j’ai pu durant toute la saison mais je n’ai jamais rattrapé le retard physique accumulé par ces 3 mois sans entrainements. 

Désormais je ne fais plus partie des équipes de France et je m’entraine à Font-Romeu. Grâce à des ami(e)s et de la famille, je suis entouré au mieux pour progresser et atteindre le meilleur niveau possible. Quand on n’est plus en Équipe de France, tout est plus difficile et c’est un beau défi que de remonter en IBU Cup et Coupe du Monde dans ce contexte.

« A l’époque, j’étais heureux d’être occupé toute la journée. J’ai évolué, mais pas dans la bonne direction. Je voulais être celui que les gens voulaient que je sois. »

La carrière d’un sportif n’est pas toujours aussi rose que ce que l’on imagine. Ces moments de questionnement font pourtant partie intégrante d’une carrière. Les mettre en question, c’est important pour toi ? 

Cela ne me dérange pas de mettre en lumière le pire passage de ma carrière mais je n’en ressens pas le besoin. Cette période durant laquelle j’étais malheureux et dépressif est terminée. Durant ces mois difficiles, j’ai évolué. Désormais, je vois les choses différemment. J’ai retrouvé la personnalité que j’avais en 2012. Lorsque je faisais du biathlon parce que j’aimais ça. En l’espace d’une année scolaire j’ai décroché deux titres de Champion du Monde junior, deux médailles aux Jeux Olympiques de la jeunesse tout en obtenant mon brevet de maitre nageur sauveteur, mon baccalauréat avec mention et mon permis.

À cette époque j’étais heureux d’être occupé toute la journée. Petit à petit, en partant de chez moi, m’éloignant de mes ami(e)s proches et remportant d’autres titres de Champion du Monde, j’ai changé. Je ne vivais que pour le biathlon. J’ai évolué mais pas dans la bonne direction. Je voulais être celui que les gens voulaient que je sois. Malheureusement, on ne peut aller contre sa nature trop longtemps. Je pense que cette dépression et cette blessure ne sont pas arrivées par hasard. Mon corps et mon esprit ont dit STOP. Il m’a fallut du temps pour le comprendre mais je peux désormais dire que cette période était la meilleure chose qui puisse m’arriver. 

Comment es-tu arrivé au biathlon ? 

J’ai commencé le ski à l’école primaire, j’ai intégré la section ski nordique au collège de Font-Romeu et c’est au Lycée que je me suis dirigé vers le biathlon.

Tu as fait des études à côté ? On imagine que peu de personnes vivent du biathlon.

J’étais inscrit en STAPS durant 3 ans sans conviction, seulement pour faire des études. Je n’assumais pas le fait de ne pas faire d’études. Désormais je suis sorti du cursus universitaire et je l’assume complètement. Cependant je ne fais pas que m’entrainer, manger et dormir. Je prépare ma reconversion seul tel un autodidacte. Je suis bénévole dans mon club de ski, je gère la trésorerie, aide au développement du club et entraine les jeunes occasionnellement. J’ai récemment organisé les 50 ans de la Cité Préolympique de Font-Romeu. Je réalise des vidéos avec l’USAP en partenariat avec le service communication.

Cela me permet de faire ce que j’aime avec les personnes que j’aime tout en préparant mon après-carrière. J’espère cependant continuer le biathlon le plus longtemps possible. Je vais parler que pour ma personne mais je vis du biathlon depuis 3 ans maintenant. Cela grâce à ma commune et station de Font-Romeu, ma région l’Occitanie, la Colas, Spar, Nof Métal Coatings et mes équipementiers. C’est une réelle chance de pouvoir compter sur le soutien financier et humain de ces personnes et entreprises. C’est un immense bonheur lorsque je rends fier ces personnes qui m’aident depuis des années.

« Oui, Martin est unique. Mais chacun peut côtoyer une personne précieuse dans sa vie. »

Le plus grand plaisir se trouve dans la victoire ?

J’adore gagner mais je préfère progresser. Quand on gagne c’est un sentiment de fierté très intense mais qui ne dure pas. Il y a toujours une course qui arrive et il faut tout recommencer. A l’inverse, quand on progresse, c’est un petit sentiment de fierté qui lui dure dans le temps. 

Côtoyer quelqu’un comme Martin Fourcade, c’est quelque chose d’unique et précieux dans une vie. Tu peux nous en dire quelques mots ?

C’est une chance de pouvoir dormir avec lui, rire, discuter et apprendre avec lui.

Cependant, je passe beaucoup plus de temps avec d’autres personnes uniques. Je vais en citer quelques unes comme Michel mon ostéopathe qui est formidable, mon père qui se découvre un talent d’entraineur unique, ma psychologue avec qui je fais un travail indispensable, mon préparateur physique Nicolas qui est présent à chaque séances et mon coach Vincent qui .. c’est Vincent quoi ! Il y a aussi mes ami(e)s sur qui je peux compter depuis toujours. 

Tout cela pour vous répondre oui, Martin est unique et le côtoyer est une chance. Mais chacun peut côtoyer une personne précieuse dans sa vie, un sportif, un collègue ou un ami(e) et il faut savoir l’apprécier. J’ai la chance de connaitre plusieurs personnes qui m’apportent énormément, Martin est le plus connu mais ce n’est pas pour autant que je ne dois me nourrir que de lui. 

Sur une étape de Coupe du monde, quelle est la journée type d’un biathlète ?

Alors j’ai vécu une seule journée de Coupe du Monde en tant qu’athlète. Je me suis bloqué la mâchoire durant la nuit et je suis tombé dans les pommes dans la salle de bain. J’ai envoyé un SMS au kiné de l’équipe de France à 3h du matin et j’ai patienté dans mon lit jusqu’à 7h du matin sans faire de bruit parce que je partageais mon lit avec Martin. Le kiné m’a soigné, j’ai déjeuné, je me suis ennuyé. Je suis allé manger à nouveau, je me suis aéré puis remis au lit. Je me suis préparé, échauffé et j’ai stressé jusqu’au « BIP » de départ ! On va dire que ce n’est pas une journée très passionnante mais j’espère en vivre d’autres et plus sympas que celle-ci. 

Merci beaucoup ! 

Avec grand plaisir, raconter tout cela implique d’accepter cette saison très difficile. Je pourrais presque le prendre comme un entrainement à me reconstruction !

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En concubinage sportif avec Dwyane Wade. Fervent défenseur du beau jeu et de la dernière passe, celle qui "fait la diff'".

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