Le champagne pour Pinot et du suspense pour tout le monde

Il l’a fait ! Si le franc-comtois préféré des amateurs de vélo avait déjà levé les bras sur le Tour de France et le Giro, il lui manquait une étape du Tour d’Espagne pour venir compléter son (très) joli palmarès. C’est désormais chose faite avec son triomphe sur la 15ème étape de la Vuelta 2018 cette après-midi au sommet de la mythique ascension menant jusqu’aux Lacs de Covadonga. Si le français est le 96ème coureur de l’histoire à réaliser cette prouesse, au classement général on y voit toujours aussi flou, et bien malin qui pourra prédire le nom de celui qui emmènera le maillot rouge jusque dans les rues de la capitale madrilène dans une semaine. Analyse de la situation et des forces en présence made in En Tribunes.

Pinot, grand cru

Laurent Jalabert avait déjà dompté cette superbe et terrible ascension par deux fois dans les années 90, et Thibaut Pinot vient de poser son nom à côté de celui de Jaja pour notre plus grand bonheur à tous. En profitant d’un marquage général (nous y reviendrons) entre les ténors de cette Vuelta et de son retard au classement général, le coureur de la FDJ a su remarquablement tirer son épingle du jeu pour damer le pion à tout le monde cet après-midi. Il l’avait annoncé hier, cette montée lui donnait de l’envie et des idées, et bien on n’a pas été déçu. Une seule attaque, propre, limpide et tranchante, à six kilomètres du sommet, aura suffi au français pour prendre la poudre d’escampette et s’en aller cueillir un superbe succès qui redore son blason après une saison jusque-là chaotique. Pas forcément largement au-dessus de la concurrence sur les pédales, Pinot en avait surtout une plus grosse paire dans le cuissard parmi les candidats à la victoire finale, et sa prise de risque lointaine lui a permis de taper dans le mille en assurant 30 secondes d’avance sur Miguel Lopez et compagnie une fois la ligne franchie. Au classement général, l’opération réalisée par le français n’est pas vilaine non plus, puisqu’il vient se replacer à la 7ème place, même s’il pointe tout de même encore à 2 minutes et 10 secondes de Yates.

 

Si Pinot a récolté les fruits de ses efforts et empoche donc un magnifique succès qui va lui redonner le plein de confiance, on ne peut pas en dire pareil pour tous les favoris. Pour la troisième fois en trois étapes de haute montagne ce week-end, tous les principaux candidats au maillot rouge se sont tenus dans un mouchoir de poche, et n’ont grappillé que des secondes les uns sur les autres, rendant la hiérarchie toujours aussi peu lisible alors même qu’il ne reste qu’une semaine de course.

Les favoris ne se sont toujours pas expliqués

L’arrivée à Madrid approche à grand pas, et les 4 premiers du général se tiennent encore en moins d’une minute, Yates comptant désormais 26 secondes d’avance sur Valverde, 33 sur Quintana et 43 sur Lopez. Les écarts sont donc minimes et à ce stade de la course, impossible de savoir qui est vraiment le mieux placé pour l’emporter. Si ces écarts resserrés nous offre un peu de suspens, on doit aussi dire que cela traduit un certain attentisme de la part des grands leaders. Ils nous l’avaient tous annoncé, on allait voir ce qu’on allait voir pendant ces jours où les cols aux pourcentages monstrueux et les arrivées au sommet se multipliaient. Oui mais voilà, des belles paroles il y eu, des actes un peu moins. Quintana a repris une poignée de secondes avant hier, pour mieux les reperdre aujourd’hui en étant constamment sur la défensive, Yates l’a emporté hier mais ne creuse aucun écart sur ses poursuivants, Miguel Lopez place autant d’attaques par col que Boris Diaw se commande de Big Mac au McDo mais finit toujours ou presque par perdre du terrain dans les derniers hectomètres, et Alejandro Valverde fait ce qu’il peut mais il n’a tout simplement plus ses jambes de 20 ans. Bref, tout ce petit monde se regarde un peu dans le blanc des yeux, et il faut dire que cela commence à être pesant pour les spectateurs que nous sommes qui veulent du spectacle, du pain, du sang et des larmes comme à la belle époque des Jeux de Rome. La grande explication est constamment remise au lendemain, et à ce rythme on va finir par croire que la grande bagarre tant attendue n’arrivera jamais.

Ce week end de montagne, monstrueux sur le papier par la densité et la difficulté des cols qu’il comportait, aura donc accouché d’une souris au niveau de l’explication entre favoris. Heureusement que Thibaut Pinot est venu nous mettre un peu de magie et d’audace pour pimenter le tout, mais on espère que le grand feu d’artifice d’attaques entre leaders aura enfin lieu pendant la dernière semaine. Les colombiens Quintana et Lopez doivent laisser libre cours à leur tempérament d’attaquant, Yates doit consolider son maillot rouge s’il ne veut pas connaître la même mésaventure qu’au dernier Giro (maillot rose abandonné à Chris Froome à 3 jours de l’arrivée après l’avoir porté pendant l’immense majorité de la course) et Valverde tient là une occasion unique de remporter un grand Tour devant son public malgré ses 38 printemps. Alors messieurs, mettez-y de la cuisse, mettez-y des couilles, mais surtout emballez nous cette Vuelta !

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