Blake Griffin aux Pistons, le début d’une nouvelle ère

Énorme tremblement de terre sur la planète NBA il y a trois jours : Blake Griffin ne portera plus les couleurs des Clippers et est désormais un joueur des Detroit Pistons, où il formera un duo très alléchant sur le papier avec l’aspirateur à rebond Andre Drummond. Retour sur ce mega trade totalement inattendu, et analyse des implications qui en découlent pour les deux parties.

Les Pistons vont-ils (enfin) pouvoir passer un cap?

En récupérant Griffin, mais également Willie Reed et Brice Johnson, en contrepartie d’Avery Bradley, Tobias Harris, Boban Marjanovic, un futur premier choix de Draft 2018 et un second tour de Draft 2019, Detroit semble clairement gagnant sur le papier. Le rendement de Bradley était en nette baisse depuis plusieurs semaines, et si Tobias Harris est un ailier plus que solide il n’a rien d’une superstar. En récupérant l’ancien numéro un de la Draft, Detroit s’achète ainsi le droit de rêver à un retour en playoffs (une seule série de postseason depuis 2009, pour un sweep face aux Cavs en 2016), et espère surtout redorer une image bien terne. Car oui, si Detroit est une franchise dont le passé pèse en NBA (aaah la belle époque des Bad Boys), aujourd’hui l’équipe dirigée par Stan Van Gundy ne fait tout simplement plus bander personne. On est même à l’heure actuelle plus proche de la demi-molle que de la vraie trique pour n’importe quel free agent songeant à signer aux Pistons.

L’arrivée de Griffin revêt donc d’un double enjeu : être enfin compétitif sur le plan sportif, et attractif auprès de ses fans. Detroit possède le deuxième pire taux de remplissage en NBA, et espère ainsi redorer son blason auprès des fans en possédant désormais un des joueurs les plus « sexys » de la ligue. Car en plus d’être un excellent joueur, Griffin est également un dunkeur fou, capable d’actions dignes du top 10 tous les soirs. Spectaculaire au possible, le grand rouquin a tout ce qu’il faut en boutique pour ramener un peu de show dans la bien triste ambiance de Detroit. Mais mettre des dunks c’est bien, gagner des matchs c’est mieux. Et on peut se demander si l’association Griffin-Drummond sur les deux postes intérieurs est réellement un choix pertinent pour la franchise du Michigan. En effet, ce n’est un secret pour personne que la NBA se tourne de plus en plus vers le tir à 3 points a foison et un écartement du jeu au large. Drummond n’a rien d’un shooteur, et on peut même dire sans trop se mouiller qu’il est plus proche d’avoir des briques au bout des bras plutôt que des mains en or. Lui associer un ailier-fort du style de Griffin, qui malgré de nets progrès est encore loin d’être un sniper de loin, semble être totalement à contre courant de la NBA moderne et pourrait ne pas s’avérer payant pour les Pistons. De plus, les deux joueurs sont payés une énorme blinde chacun, et vont plomber les finances de la franchise pour de nombreuses années, ne laissant aucune marge de recrutement pour les prochaine free agency. Detroit est donc gagnant à court terme, mais attention à la gueule de bois dans quelques semaines si la sauce entre les deux big mens ne prend pas.

Retour au point de départ pour les Clippers ?

Symbole de la loose et longtemps considéré comme la pire équipe de la NBA, les Clippers ont redoré leur image grâce à la Draft en 2009 du grand rouquin. Le trio qu’il a formé avec CP3 et Dédé Jordan leur a permis de situer dans le top 4 de la conférence Ouest pendant plusieurs saisons consécutives, et de se débarrasser de cette image de looser qui leur collait à la peau. Mais les ambitions de la franchise se sont toujours cassées les dents en playoffs au moment de sortir les plus grosses équipes de la conférence, et ses échecs répétitifs ont logiquement finit par faire perdre patience à Chris Paul, qui a fait ses valises aux Rockets cet été. Les Clippers ont alors décider (pensait-on du moins à l’époque) de miser sur celui qui a sorti la franchise de l’ombre en donnant un contrat mammouth à Griffin, plus précisément pour 171 millions sur cinq ans. Cet énorme contrat semblait refléter la volonté de la franchise de LA de faire de Blake un « Clipper for life » et de construire autour de lui pour rester au sommet. Mais quelques mois après BOUM tout est chamboulé et voilà le rouquin transféré. Pourquoi cette décision aussi inattendue qu’incompréhensible au premier abord?

Déjà, il faut y voir à n’en pas douter la patte de Jerry West, le nouvel architecte en chef des Clippers depuis cet été. Voyant son équipe stagner dans le ventre mou de la conférence Ouest, l’ancien dirigeant des Lakers époque Show Time ou des Warriors plus récemment, a simplement fait une analyse pragmatique de la situation de son équipe:  bloqué à la pire place possible (pas assez fort pour jouer le titre, pas assez faible pour être bien placé à la Draft) et sans aucun jeune joueur à former, celui qui est le logo de la Ligue a tranché dans le vif. Au revoir Blake, merci pour tout, et bonjour à une reconstruction complète. Le grand ménage n’est certainement pas fini du côté de LA, et DeAndre Jordan ainsi que Lou Williams devraient eux aussi faire leurs valises  d’ici la fin de la période de transfert. La stratégie est simple : dégager les longs et très gros contrats, spécialement pour un joueur aussi souvent blessé que Griffin, faire table rase de l’équipe actuelle qui semble en bout de cycle, et reconstruire avec de la place sous le cap (avec en ligne de mire des gros free agent comme Lebron ou Paul George l’été prochain) et des choix de Draft haut placés.

Si le timing est surprenant (il y a quelques semaines on pensait Blake « the Quake » parti pour faire toute sa carrière à LA), la stratégie derrière n’est pas si incompréhensible que cela d’un côté comme de l’autre. Elle semble seulement aller dans des chemins opposés pour les deux camps : Detroit tente d’être compétitif à court terme avec peu de place sous le cap mais deux gros All Star capable de mener l’équipe en playoffs sans forcer, avec le risque de rester bloqué juste en dessous des équipes candidates au titre et de celles candidates au tanking (un peu comme les… Clippers ces dernières années), tandis que LA veut reconstruire en détruisant tout et en repartant de zéro, pour aller enfin chercher une bannière à accrocher au Staples Center dans les années à venir avec de l’argent à donner lors de la prochaine free agency et des bons choix de Draft.

L’avenir nous dira qui des deux camps a pris la bonne décision, en attendant bon tanking aux Clippers et bon courage à Blake Griffin pour digérer son transfert surprise.

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